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La mondialisation menace-t-elle vraiment l’identité culturelle ?



Avec la campagne de l’élection présidentielle qui bat son plein en France, certains candidats diffusent leurs messages de mise en garde : la culture française serait en danger. Ils parlent de « lutter contre la perte de l’identité culturelle du pays ».


Alors, qu’en est-il vraiment ? Nos particularismes culturels sont-ils en train d’être gommés par un monde qui « s’ouvre » ou bien est-ce que nos différences culturelles limitent au contraire naturellement la mondialisation ?


La question surgit dans les débats politiques mais quel impact la mondialisation a-t-elle eu réellement sur nos comportements jusqu’à présent ?


Il est indiscutable que depuis les années 50, la mondialisation économique s’intensifie et avec elle, les avancées technologiques de communication qui donnent accès à des produits correspondant à des modes de vie différents du nôtre. Prenons comme exemple les smartphones, les burgers, la musique, internet, les films ou encore les séries. Avec l’arrivée de ces produits de consommation on a vu l’émergence d’un nouveau segment, celui du « consommateur-mondial type ». Ce profil correspond à une catégorie de classe moyenne des pays riches et à une catégorie de classe aisée dans les pays en voie de développement. Ce nouveau type de consommateur est bien le signe d’une certaine uniformisation culturelle.


Pour autant, est-ce que l’implantation d’une grande franchise de restaurant américain en Inde suffit pour que les Indiens aient une perception occidentalisée du monde ?


Alors, à quoi fait-on référence ici avec le terme « culture » ? Il s’agit de la culture comme base fondamentale des comportements humains. Si l’on regarde ce concept d’un peu plus près, on se rend compte, notamment grâce au modèle de l’iceberg (Edward T. Hall), que la culture est constituée de différents niveaux plus ou moins profonds et plus ou moins visibles.


À l’instar de l’iceberg, seulement 10% de notre culture est au-dessus de la surface donc visible ou facilement identifiable. Cette partie comprend entre autres la nourriture, les arts, les langues ou encore les fêtes traditionnelles.


Les 90% restants se trouvent sous la surface et sont de fait moins évidents à percevoir alors qu’ils constituent le fondement d’une culture. On parle ici des valeurs et des normes qui régissent une culture et donc notre vision du monde, nos rapports aux autres, nos croyances, ce que l’on considère acceptable ou non. La plupart de ces éléments sont si ancrés en nous que d’une part, nous n’en avons pas forcément conscience et que d’autre part nous ne sommes pas en mesure de l’expliquer. Lorsqu’on nous le demande, on a tendance à répondre : « c’est comme ça » !


Nos cultures comme nos langues évoluent naturellement, tout comme les découvertes technologiques ou scientifiques font progresser nos sociétés. C’est un phénomène imparable qui se remarque surtout dans les 10% visibles de nos cultures qui sont relativement souples, aisément malléables et évoluent avec le temps. Les changements de la façon de se nourrir, de s’habiller en l’espace des mille dernières années ou de l’architecture au cours des siècles, sans parler de notre langue, illustrent parfaitement ce phénomène.


Comment nos cultures évoluent-elles avec le temps ? Imaginons cette fois-ci la culture comme une dune de sable(i) qui se composerait de trois niveaux : le sommet, la partie du milieu et la base. Le sommet de la dune est en constant mouvement. Il change fréquemment d’aspect et parfois rapidement en fonction des impacts extérieurs. Dans la couche centrale de la dune on retrouve un cadre de ce qui est considéré comme « normal » et sensé, comme par exemple les règles de communication ou encore la place de la femme dans la société. Cette partie change aussi, mais plus lentement dans le temps. Dans la dernière partie de la dune, la base, on retrouve les règles qui constituent des obligations pour les personnes appartenant à la culture. Nous parlons ici notamment de valeurs et de moralité telle que l’interdiction de tuer. Cette couche représente le fondement solide de la culture qui, lui, change à peine.


Ainsi nos cultures vivent à la fois des échanges culturels liés à notre ouverture sur le monde, notre curiosité et notre ouverture d’esprit – puisque ceux-ci participent à l’évolution naturelle et à l’enrichissement nécessaire de notre culture. Mais aussi nos cultures ont une fonction naturelle de barrage étant donné leur structure qui empêche qu’elles soient dénaturées.


Alors, la mondialisation menace-t-elle l’identité culturelle ? Certes, la mondialisation uniformise un certain nombre de nos comportements à travers le globe à court terme mais à long terme, cette uniformisation a ses limites. Celles de nos inconscients, des fondamentaux de notre culture et de nos particularismes, profondément ancrés dans nos sociétés.


Alors quand des personnalités politiques mettent en avant la crainte d’une uniformisation culturelle, ne risquent-ils pas finalement une fossilisation de la culture française ?


(i) On doit le modèle de la dune de sable à Jürgen Bolten, chercheur allemand en culture et communication.


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Emily Verhee I Consultante et formatrice certifiée en compétence interculturelle et surtout bâtisseuse de ponts de communication afin que nos différences culturelles fassent fructifier nos projets et nos rapports aux autres.


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